« Pourquoi te fais-tu autant de mal à tout revivre comme ça ? Questionna Tom, intrigué.
_ Je... Je ne... Ne souffre... pas, bégaya le brun, la voix hachée par les sanglots.
_ Mais bien sûr ! Ironisa le guitariste, et c'est pour ça que tu pleures à gros bouillons ?
_ Je ne chiale pas, affirma Bill tandis qu'une larme glissait sur sa joue.
_ Ah, t'as une poussière dans l'½il peut-être ?
_ Tout à fait ! »
Le blond haussa les épaules devant la mauvaise foi de son vis-à-vis, puis dit doucement :
« Tu sais, il n'y a pas de honte à verser des larmes Bill. Je le fais souvent quand je pense à nous et contrairement à toi, j'assume et suis fier de notre couple, ou de moins, ce qu'il fut. De plus, je ne cacherai pas mes sentiments, tu me manques horriblement, il ne se passe pas une seule nuit sans que tu apparaisses dans mes rêves, pas une seule journée n'arrive à sa fin sans que je me sois fait la réflexion « tiens, Bill aurait fait ceci ou cela ». Tu me bouffes, tu comprends ça ?! S'agita t-il brusquement, alors ne me reproche pas de me marier ! J'essaye juste de t'oublier, Bill ! Toi tu as fait le deuil de notre union, tu es parti du jour au lendemain, sans que j'en connaisse la raison, tu trouves ça normal ?
_ Si je te manque tant que ça, pourquoi t'unir à quelqu'un d'autre alors ? Demanda le brun, buté.
_ Pour te chasser de ma mémoire, bordel ! Tu comprends ça ?! Hurla Tom, les yeux fous.
_ Tom... Tom... Tu m'fais peur... Arrête ! Dit Bill en reculant.
_ Non, non ! Je n'arrêterai pas jusqu'à ce que j'aie une explication. »
Tom s'était vivement retourné et faisait face à Bill, ses prunelles colériques ancrées dans celle du brun, terrorisées. Comme le jeune homme demeurait obstinément silencieux, le guitariste se précipita sur lui et lui saisit les poignets. Bill était allongé de tout son long sur le macadam froid du toit, son jumeau assis sur son bas-ventre. Tout doucement, presque avec douceur, l'angoisse monta en lui, s'insinuant vicieusement jusqu'à lui tordre l'estomac :
« Tu me fais... mal ! Se débattit faiblement Bill.
_ Ecoute moi, je n'en peux plus ! » Lâcha Tom avant de se relever précipitamment et de se replier en position f½tale.
Bill restait interdit devant la scène entrain de se dérouler devant lui ; son Tom, le jeune homme fort et fier, l'aîné, le plus grand était faible et sanglotait comme un bébé. Ce n'était pas vraiment de cette manière là que le brun avait imaginé l'instant où il devrait tout lui raconter. Tom sanglotait dans son coin, complètement perdu après son accès de colère, alors que Bill demeurait étendu sur le sol, son cerveau carburant le plus vite possible pour trouver une solution.
Lentement, la panique s'infiltrait dans ses veines, déversant son inquiétant poison en lui. Sa respiration se fit difficile, ses yeux s'embuèrent et sa gorge s'assécha. Le chanteur sut immédiatement ce qui montait en lui, une nouvelle crise, la première depuis celle qu'il avait faîte devant Tom. La différence avec son passé, c'est qu'il savait aujourd'hui pourquoi il avait de telles absences... Tom en était la cause. Il vit la douce folie arriver, avec son manteau coloré et sa couronne sombre, il la sentit prendre possession de son corps, sournoisement. Il ne tenta même pas de la repousser et ses plus belles digues, ses plus hauts remparts cédèrent.
Toute la pression de son corps le quitta, son pouls diminua et son inspiration se fit rare, alertant Tom qui ne percevait plus la respiration sifflante d'inquiétude de son amant :
« Bill... Bill, qu'est-ce que tu as ? »
Tom essuya ses yeux d'un revers de main et comprit que Bill faisait une de ses attaques. Il s'approcha en douceur tandis que le torse de l'androgyne continuait de diminuer la fréquence de ses montées et descentes. Inquiet, le musicien déplia son bras pour effleurer la poitrine de son cadet ; lorsqu'il sentit cette chaleur familière sur lui, le chanteur rouvrit violemment les yeux, pourtant vides, et s'accrocha à son tee-shirt.
« Non... Non... Non... Je ne veux pas... Laissez-moi ! NON ! » S'époumona l'androgyne, réduisant ses cordes vocales à néant et les tympans de Tom par la même occasion. « Je veux rester avec lui... Ne me séparez pas de lui... » Continua t-il après un moment de silence durant lequel il reprit son souffle. « Tom... » Termina t-il dans un souffle, « mon frère ».
Les dernières syllabes eurent l'effet d'un électrochoc sur le guitariste ; Bill aurait un frère qui portait le même prénom que lui ? Pourquoi n'en avait-il jamais entendu parler ? Où était-il ? Pourquoi n'était-il pas aux côtés de Bill ? Des centaines de questions envahissaient l'esprit du blond, tournaient dans sa tête telles des vautours affamés au-dessus d'un cadavre. Les réponses se cachaient dans la tête du jeune homme inconscient sur ses genoux.
Nostalgique de leurs moments d'intimité à tous les deux, Tom caressa d'abord du bout des doigts, puis, plus confiant, de sa paume entière, les cheveux et le visage de l'androgyne. Une vague de tristesse le submergea lorsqu'il se souvint de la raison pour laquelle il se trouvait là, sur le toit d'un immeuble. Ceci dit, ce n'était pas n'importe quel bâtiment, c'était le toit de son centre de redressement pour jeunes délinquants.
Pourquoi Tom était-il revenu ici ? Parce que c'était là que tout avait commencé et que tout avait fini. Une boucle bouclée en somme. Un amour qu'il avait cru infini et dont le cercle s'était brisé, marquant le point final de leur relation. Le jeune guitariste cherchait seulement à savoir pourquoi, au réveil de son accident, à l'hôpital, Tom avait trouvé le lit vide et froid. Quel accident ? Il est trop tôt pour en parler et seul Bill peut lever le voile sur ce mystère. C'est lui qui détient toutes les clefs en mains... qui ouvrent chacune une porte menant à Tom.
Epuisé, Bill avait fini par s'endormir dans les bras de son reflet, le visage fermé et soucieux. Le dreadé se releva, prit le brun dans ses bras et redescendit au bas de la bâtisse. Là, il hissa l'androgyne dans sa voiture, se mit au volant et démarra. Où devait-il les emmener ? A l'hôtel ou bien à l'appartement qu'ils partageaient tous les deux auparavant ? S'ils s'étaient séparés, que ce soit de grès ou mis devant le fait accompli, aucun des deux n'avait été capable de remettre l'habitacle en vente, ayant besoin de conserver un point d'encrage de leur relation. Si l'un était trop impersonnel, il craignait que l'autre soit trop chargé en souvenirs. Malgré le risque, Tom opta pour la seconde solution et prit la direction de la Plätzer Alexander (NdA : c'est une place à côté de leur résidence).
Quelques minutes après, Tom se gara sur sa place de parking et ne fut pas surpris de trouver là moto de Bill, celle qu'il lui avait offerte au Noël dernier... Ainsi, il l'avait gardée, Tom sourit. Il coupa le contact du moteur et descendit le brun du véhicule avant de monter les étages et de rentrer dans leur appartement. Là, il l'allongea sur ce qui fut leur lit ; récupéra une couverture et l'enveloppa. Quant à lui, il prit également un édredon pour sa personne et s'échoua sur le canapé.
Si l'un dormait comme un bébé, l'autre réfléchissait à tout ce qui venait de se passer, cherchant désespérément une explication qui ne venait pas.
« Tom... Tu dors ? Demanda soudain une petite voix.
_ Bill ? Non, non, je réfléchissais. A nous, à tout ça, soupira l'interpellé d'une voix lasse.
_ Tom... qu'est ce qui s'est passé ?
_ On était sur le toit, je pleurais quand soudain tu as fait une crise, puis tu t'es endormi et je nous ai ramené ici, résuma très succinctement le guitariste, occultant volontairement certains détails.
_ Je... J'ai dit quelque chose pendant que... pendant ma crise ? Hésita Bill, rougissant. Puis, comme Tom ne répondait pas, s'il te plaît Tom, qu'est ce que j'ai dit ?
_ Mais qu'est ce qui nous arrive Bill ?
_ Quoi ?
_ Il y a un temps, avant même que l'un de nous reconnaisse qu'il allait mal, l'autre le ressentait déjà et aujourd'hui j'ai l'impression qu'on est deux inconnus.
_ Je perçois la même chose. »
Il y eu encore un moment de silence pendant le quel l'androgyne en profita pour venir s'asseoir à côté de son aîné, qu'il dévisagea.
« Pourquoi tu me regardes comme ça ? Interrogea Tom, perplexe.
_ Je cherchais simplement la ressemblance.
_ Pardon ?
_ Tu es mon jumeau Tom. »
***
Voilà enfin le nouveau chapitre, on attaque les choses sérieuses, ne trouvez-vous pas ?
Le chapitre suivant est tapé et parti chez ma béta, je le posterai quand il sera corrigé et quand j'aurai le temps...
Bisous les filles, je m'en vais vous prévenir !
