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Un si lourd secret...

Un si lourd secret…
Un jeune homme brun, emmitouflé dans un long manteau noir, pressa sur le pas sous la neige de décembre qui tombait doucement autour de lui, s'accrochant à ses cheveux et à ses vêtements. Il marchait d'un pas déterminé, cela faisait trop longtemps qu'il y pensait, il devait arrêter de se torturer l'esprit et il devait lui dire... ou bien tenter de lui faire comprendre. Sa longue et fine silhouette, celle d'un jeune homme de 26 ans, se découpait à la lueur des réverbères des quartiers chics d'Offenbach. Allait-il arriver à lui dire ? Il avait mis tant de temps à se l'avouer à lui-même... Mais après tout, s'ils étaient jumeaux, son aîné devait ressentir la même chose... non ?

Son c½ur tambourinait trop fort dans ses côtes, son pouls était trop rapide, sa respiration trop saccadée. Lui qui s'était jurer d'arrêter, n'avait envie que d'une chose, une clope. Il ferma les yeux un court instant, respirant profondément, chassant l'air de ses poumons en une épaisse fumée blanche, à savoir, de la buée. Il remonta la grande allée, accélérant encore, puis il se stoppa devant une vieille bâtisse, dont l'entrée était ornée d'une simple sonnette, avec à côté, une plaque en métal doré : « Tom KAULITZ, psychiatre ». Bill leva un doigt tremblant et appuya sans grande conviction sur la sonnette. Alors qu'il songeait à prendre ses jambes à son cou, la voix de son jumeau résonna dans l'interphone, lui provocant un indescriptible frisson :

« Oui ? Que puis-je pour vous ? »

« To... Tom ? C'est Bill... » Hésita le jeune androgyne.

« Bill ?! Attends, je t'ouvre, monte ! »

Le brun souffla un « oui » si faible que son frère ne l'entendit pas puis, il poussa la lourde porte pour pénétrer dans le hall d'entrée. Il monta dans l'ascenseur et ne descendit qu'une fois qu'il fût arrivé au troisième étage, plongé dans l'obscurité. Par politesse, il toqua à la porte du cabinet de son aîné, qui lui dit d'entrer.

Tom Kaulitz était assis dans un de ces fauteuils, le genre qu'on ne voit que chez les psy. A son grand regret, il avait coupé les dreadlocks de sa jeunesse, arborant une coiffure simple et moins... originale. Le stricte opposé de son frère, qui lui, avait continué de se maquiller, de se vernir les ongles, et d'avoir les cheveux longs, parsemés de mèches blanches. Ils avaient tous deux pris des voies très différentes : Tom, contre toute attente, s'était rangé, avait poursuivit de brillantes études de médecine et avait finit psychiatre, confiné dans cet étroit cabinet. Bill, quant à lui, dirigeait un petit théâtre de faible réputation, mais il était heureux ainsi... enfin, jusqu'à ce qu'il se rende compte...

« Hey petit frère, qu'est ce qui t'amènes ? Ce n'est pas dans tes habitudes de venir me voir, sauf si tu as besoin d'argent » dénonça Tom, une pointe de regret dans la voix.

« J'ai besoin de parler » répondit simplement Bill, ne pouvant soutenir le regard de braise de son jumeau.

« Parler de quoi ?! » s'étonna Tom.

« Parler, c'est tout. »

Un silence gênant s'installa. Bill semblait fixer un point, au dessus de l'épaule de Tom, qui lui ne savait plus sur quel pied danser. Il y avait peu de lumière dans le bureau, ce qui, cela va sans dire, arrangeait drôlement Bill qui avait la fâcheuse tendance à virer facilement au rouge cerise. De l'encens brûlait doucement dans un recoin de la pièce, laissant son agréable odeur détendre les esprits. Tom fût le premier à réagir et désigna d'un geste habitué un canapé de velours noir. Bill comprit et partit s'y installer... Mais, lorsqu'il vit que son frère restait à sa place, devant son bureau, il ne put s'en empêcher et murmura, rougissant violemment :

« Tu... Tom... Tu ne veux pas... venir t'asseoir entre mes jambes, comme quand on le faisait quand on était petits ? »

« Si tu veux... » Répondit Tom, un étrange sourire aux lèvres, néanmoins heureux que son frère le lui ait proposé.

Ils s'installèrent tous les deux le dos de Tom contre le torse de Bill, qui pouvait ainsi sentir que le c½ur de son cadet battait sérieusement la chamade...

« Alors, de quoi voulais tu me parler ? » questionna Tom, intrigué, après un nouveau moment de silence.

« Ce... C'est l'histoire d'un jeune homme. Depuis petit il croit aimer les filles, mais, arrivé à l'adolescence, il se rend compte qu'il aime les hommes. Aussi surprenant que cela puisse paraître, il l'accepte. Mais voilà, à chaque fois, c'est la même chose, il ne peut se donner à un autre. Pourquoi ? Il croit ne pas le savoir mais en réalité il se cache juste la vérité, de peur des conséquences. Alors il se cache, il dissimule cette vérité qui l'oppresse. Il ne peut pas, il n'a pas le droit. Petit à petit, il se sent mourir, dépérir, il fane, comme une fleur cueillie trop tôt qui ne peut éclore. Son c½ur se brise à chaque fois qu'il voit celui pour qui son c½ur bat dans les bras d'une autre. Ses blessures le meurtrissent mais il ne veut pas partir, pas avant de lui avoir dit... » Articula difficilement Bill, des sanglots retenus dans la voix.

« Avant de m'avoir dit quoi Bill ? » interrogea doucement Tom, qui avait pourtant bien compris.

Bill ne put répondre et dissimula sa tête dans le cou de son frère, respirant cette odeur qu'il aimait tant et qui avait bercé son enfance. Des larmes de douleur naquirent soudain dans les yeux du brun, puis vinrent mourir dans le cou de son vis-à-vis, qui se retourna doucement, comprenant que son double souffrait... comme lui souffrait depuis déjà trop longtemps.

Les horloges du temps s'arrêtèrent, et le monde autour d'eux se figea et fit le silence, les enveloppant dans une bulle, dans un étui de coton. Avec des gestes lents, Tom enlaça leurs doigts, sous le regard inquiet et surpris de son jumeau qui ne comprenait pas. Ils retenaient tous les deux leurs souffles, des questions se bousculaient dans leurs têtes à une vitesse folle... Même le vent semblait avoir arrêté de souffler ! Comprenant que son cadet était beaucoup trop perturbé pour amorcer quoique ce soit, Tom délia une de leur main, posant celle de Bill sur sa cuisse. Puis il remonta la sienne et redessina chaque courbe du visage de son frère, qu'il connaissait pourtant déjà par coeur... Il s'arrêta sur ses lèvres. Il les caressa doucement, ne voulant surtout pas brusquer son double, cet être fragile.

Les larmes de Bill avaient continué de ruisseler sur son beau visage d'ange, traçant leur chemin dans de longues traînées noires de maquillage. La main de Tom était toujours sur les lèvres de Bill, celle de Bill toujours sur la cuisse de son jumeau. Ils se regardaient, comme s'ils ne s'étaient pas vus depuis des lunes, ils réalisaient... Aucune parole ne franchissait la barrière de leurs lèvres, tout passait dans le regard. Tous les non-dits, tous les secrets enfouis... loin, oh oui ! Très loin... Une naissance commune, une enfance commune, une adolescence commune, pourquoi pas une relation amoureuse commune ? Ils sont frères, qui plus est, jumeaux... et alors ?!

Toujours plongé dans ses pensées, Tom fut tiré de sa rêverie par deux lèvres venues se poser innocemment sur les siennes. Leurs c½urs explosèrent de bonheur, leur sang se mit à palpiter dans leurs veines, ils eurent la chair de poule, et des milliers de sensations nouvelles apparaissaient, tout ça dans un seul baiser... qu'ils approfondirent rapidement, Tom cédant à la requête de son jumeau. Leurs langues, au début timides et gênées, se rapprochèrent dangereusement et commencèrent un ballet des plus agités. Elles se touchaient, se caressaient, se fuyaient, s'aimaient.

Petit à petit, le corps de Tom glissa sur celui de son double. Séparées à la naissance, on avait l'impression que les âmes des jumeaux se complétaient pour n'en former plus qu'une, unique ; elles cherchaient à se rejoindre. A bout de souffle, ils stoppèrent leur baiser, et rouvrirent leurs paupières closes pour se noyer dans le regard de l'autre. Tom couvait son reflet du regard, Bill paraissait plus faible qu'il ne l'était en réalité et le blond ne voulait en aucun cas précipiter les choses. Mais le brun n'était sûrement pas cet être faible que son apparence tendait à faire croire...

Bill se redressa lentement, collant chaque partie de son corps avec celui de son double, un regard lourd d'envies posé sur les lèvres du guitariste. Sans se lâcher des yeux, les jumeaux commencèrent à onduler leurs bassins l'un contre l'autre, attisant un désir pourtant déjà suffisamment présent. Ils en avaient envie tous les deux, autant l'un que l'autre, mais quelque chose les bloquait.

« Pas ici Tom... emmènes moi ailleurs... » Souffla le brun, les yeux mi clos.

Tom se releva sans un mot et Bill déplia sa longue silhouette puis ils se glissèrent comme deux ombres dans la nuit noire... Ils marchèrent côte à côte un moment, puis dans un même mouvement, leurs mains convergèrent l'une vers l'autre et le même sourire s'empara de leurs lèvres. Ils passèrent chez Tom, qui se changea rapidement et ils reprirent leur marche silencieuse dans la nuit. Ils s'arrêtèrent devant un hôtel de luxe et prirent une chambre, toujours sans le moindre échange, seules leurs mains étaient liées.

Une fois dans l'ascenseur, le blond, le regard brillant, plaqua son jumeau contre le miroir et le dévora un instant des yeux avant de sceller leurs lèvres. Maintenant qu'ils avaient goûté à l'interdit, ils ne pouvaient plus s'en passer... Avec agilité, Tom passa ses mains sous les fesses de son double, qui lui, entoura le bassin de son jumeau de ses jambes. La bouche du musicien dériva et Tom s'attaqua à la peau blanche du cou de son frère qui avait de plus en plus de difficultés à retenir les gémissements bloqués dans sa gorge qui ne demandaient qu'à sortir... Le signal sonore indiquant l'arrivée à l'étage désiré ne les perturba pas plus que ça et ils s'engouffrèrent rapidement dans leur chambre, celle d'une nuit.

Leurs corps vibraient d'impatience, leurs c½urs menaçaient de jaillir de leurs poitrines, leurs jambes semblaient se dérober sous l'impatience accrue qui les animait. Ils se voulaient. Ne faire qu'un. Rassembler ce qui avait été injustement séparé à la naissance.

Tom déposa son cadet en douceur sur le lit et lorsque leurs regards se croisèrent, la passion qui les animait se calma. S'aimer et se désirer, oui. Se jeter l'un sur l'autre comme des bêtes, non. Ils voulaient prendre leur temps malgré leur impatience grandissante. Ils devaient profiter de cette soirée, ne sachant pas de quoi demain serait fait...

Les doigts agiles de Bill remontèrent le long du torse de son amant et lui retirèrent ce tee-shirt, devenu encombrant, ainsi que le sien, puis il se redressa et colla son c½ur contre la poitrine de son frère, posant sa tête sur l'épaule dénudée de son double. Les mains du guitariste descendirent le long de la colonne vertébrale de Bill et encerclèrent sa fine taille. Le brun, lui, enroula ses bras autour du cou de son aîné et souffla sur ses lèvres, avant de s'en emparer.

On apprends à tout âge dit on... Un hôtel, une chambre, deux frères, ils apprennent à s'aimer. Leurs c½urs, plaqués l'un contre l'autre, émettaient les mêmes battements sonores... Les jumeaux, dont les jambes menaçaient toujours de se dérober sous eux, se dirigèrent à l'aveuglette vers le grand lit deux places, au centre de la chambre. Bill bascula dans les draps, entraînant son double dans sa chute, amortie par l'épaisse couette et les nombreux coussins.

Impatient, l'androgyne rejeta les coussins au loin et envoya leurs pantalons rejoindrent leurs tee-shirts. Ses yeux brillants de désir se posèrent sur son reflet et un gémissement passa ses lèvres. Tom comprit le message et s'empressa de retirer le dernier morceau de tissu qui les recouvrait. Le regard du guitariste se posa sur la virilité de son frère, gonflée de désir et d'envie. Un sourire satisfait étira son visage, puis il déposa une myriade de baisers, tous plus brûlants les uns que les autres sur le torse de son frère.

Et là, commença la douce torture du blond. Il suçotait la peau du chanteur, y laissait ça et là des traces violacées de son passage. Puis il descendit sa tête et s'attaqua aux tétons de son double, les mordillant affectueusement. Il traça avec sa langue une ligne imaginaire du torse de Bill jusqu'à son nombril, dans le quel il glissa sa langue. Le brun se mordait désespérément la lèvre, ses jointures de mains étaient crispées sur les draps blancs, et son visage tordu dans une moue évidente de plaisir. Il se retenait tant bien que mal de gémir, mais il ne put résister bien longtemps et un long râle s'échappa de sa gorge, soupir de soulagement et d'extase.

Il croisa le regard de son double et ne put se retenir de rougir... Tom sourit, se pencha sur lui et lui murmura sensuellement à l'oreille :

« Ne rougis pas, j'aime te voir prendre du plaisir... Cries, ne te retiens pas... »

« Je... Tom... Je veux aller jusqu'au bout... » Soupira Bill, les yeux fermés.

« Attends, attends encore un peu... mon ange »

« Tom ? »

« Mmmh ? »

« Je... Je... Oh, bordel ! Pourquoi c'est si dur ?! » S'agita l'androgyne dans les bras de Tom.

« Moi aussi, Bill, moi aussi... » Sourit Tom.

Bill soupira, ravi que son frère est compris... Lui aussi... Lui aussi l'aime. Tom caressa l'intérieur des cuisses de son jumeau qui frissonna, puis se plaça à genoux, entre les jambes de Bill, que celui-ci avait pris soin de remonter et d'enrouler comme deux serpents autour du bassin de son double.

La tension et l'excitation, pourtant déjà au summum, augmentèrent encore d'un cran lorsque le guitariste s'immisça en son cadet. Ce n'était pas la première fois de Bill, mais c'était la première fois qu'il aimait et désirait à la fois. La cadence augmenta rapidement, leurs corps s'entrechoquaient sous le rythme effréné que les jumeaux s'imposaient.

Soudain, Tom toucha le point sensible de son cadet qui, cette fois ci ne gémit pas mais hurla son plaisir. Ceci à trois reprises. A chaque fois, le corps du chanteur s'arquait, et ils hurlaient leurs prénoms à l'unisson, témoin de leur amour. Trop longtemps refoulé, celui-ci rejaillissait presque violemment. Le plaisir est intense et magique, mais éphémère. Après un dernier puissant coup de rein, Tom se libéra dans un cri rauque dans le corps de son cadet, qui se cambra une dernière fois, puis Bill ne put tenir plus longtemps et il se libéra entre leurs deux corps.

La respiration coupée, le corps suant et tremblant, les yeux dans les étoiles...

Tom s'effondra sur son double et le serra contre lui, comme pour le protéger.

« Tom ? » murmura Bill, presque inaudible.

« Oui... ? »

« Je t'aime » avoua le brun en frissonnant.

« Moi aussi... depuis longtemps. » reconnu Tom.

« On est cons alors. »

« Pourquoi ? » Demanda le guitariste, haussant un sourcil.

« On s'aime depuis de nombreuses années tous les deux et on ne se l'est jamais avoué... » Expliqua Bill, rigolant doucement.

« Mais on a toute la vie pour rattraper le temps perdu... » Dit Tom, d'une voix sensuelle, faisant rouler Bill sur lui.

« Mmmh... » Fit Bill, à califourchon sur Tom, nus tous les deux, en fermant ses yeux et caressant de ses doigts fins le corps de son amant à sa merci.

« Depuis quand ? » interrogea soudain Tom, interrompant les caresses de Bill.

« Depuis... cette... enfin... cette nuit là... » Rougit Bill, fuyant le regard perçant de son aîné.

« Ca tombe bien, moi aussi » sourit Tom.

Puis Bill vint se loger dans les bras réconfortants de son double qui l'enlaça, et il tira un drap pour dissimuler leur nudité et leur secret... Un si lourd fardeau, tellement plus facile à porter à deux...

Leur secret... Un si lourd secret... Celui d'une nuit, il y a bien longtemps, qui a remis plus d'une pendule à l'heure... Notamment celle de deux jumeaux à l'esprit torturé... Il leur aura fallu dix longues années loin l'un de l'autre pour comprendre que ce soir là, ce n'était pas l'alcool qui les avait conduit dans ce même lit, mais leurs sentiments...

# Posté le mercredi 05 décembre 2007 16:21

Modifié le dimanche 20 avril 2008 07:49

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